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Blog d'un militant socialiste de 34 ans, conseiller municipal à Quimper . Ses coups de coeur, ses coups de gueule etc... Sa conviction au reformisme radical, Son regard sur la politique locale et nationale

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DSK : La bonne voie pour la reprise mondiale

Par Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du Fonds monétaire international

 

Autorité monétaire de Singapour, Février 1, 2011

 

 Il me fait grand plaisir d'être de retour à l'Autorité Monétaire de Singapour. Lors de ma dernière allocution ici, en novembre 2009, l'économie mondiale était provisoirement sortante de la Grande Récession. Aujourd'hui, la croissance se redresse à travers le monde. Les dernières prévisions du FMI, publiées la semaine dernière, donnent une croissance mondiale de 4% cette année. Ce taux est supérieur à la moyenne de la dernière décennie.

 

Pourtant, même si la reprise est en cours, ce n'est pas celle-ci que nous voulions. C'est une reprise émaillée de tensions et de pressions, qui pourrait semer les graines de la prochaine crise.

 

Je vois deux déséquilibres dangereux :

 

- Tout d'abord, la reprise est déséquilibrée entre les pays. Alors que la croissance reste inférieure à son potentiel dans les pays avancés, les pays émergents et en développement croissent beaucoup plus rapidement et certains pourraient bientôt être en surchauffe.

- Deuxièmement, la reprise est déséquilibrée au sein des pays. Le chômage mondial reste à des niveaux records, avec un creusement des inégalités de revenu, ajoutant des tensions sociales.

 

À mon avis, nous aurons une reprise saine lorsque nous adopterons une approche holistique de la gestion de l'économie : ne pas mettre seulement l'accent sur des politiques macroéconomiques et financières, mais aussi se porter davantage sur la création d'emploi et la protection sociale. Parce que sans emploi, sans sécurité de revenu suffisante pour le citoyen, il n'y aura pas de rebond de la demande intérieure et, en définitive, pas de reprise durable.

 

Une reprise à deux vitesses

 

Permettez-moi de commencer par la façon dont la reprise est en cours au niveau mondial.

 

Dans les économies avancées, nous nous attendons à une croissance modérée de 2% en 2011, avec un chômage élevé et la dette des ménages pesant sur la demande. Dans les économies émergentes et en développement, nous prévoyons une croissance beaucoup plus rapide de 6%, 8% avec l'Asie (hors Japon).

 

En y regardant de plus près, nous constatons une évolution inquiétante : le modèle d'avant crise des déséquilibres mondiaux ré-émerge. La croissance dans les économies qui ont des larges déficits extérieurs, comme les États-Unis, est toujours tirée par la demande intérieure. Et la croissance dans les économies avec des excédents extérieurs importants, comme la Chine et l'Allemagne, reste encore alimentée par les exportations.

 

Comme le FMI l'avait averti au cours des années qui ont précédé la crise et comme le G20 l'a souligné, ces déséquilibres mondiaux mettent en danger la viabilité de cette reprise.

 

Le déficit de croissance mondiale est en train d'affaiblir la reprise par d'autres moyens.

 

Le prix de l'énergie connait une progression rapide, reflétant la croissance rapide des économies émergentes.

 

Les prix des denrées alimentaires sont en trop forte hausse, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour les pays à faible revenu.

 

Les priorités sont désormais bien connues pour rééquilibrer correctement la crise :

 

Dans les économies avancées, la clé est de promouvoir la croissance et la création d'emploi. Si les réformes structurelles sont indispensables pour rendre ces économies plus compétitives, ces réformes ne sont pas susceptibles de payer au fil du temps. Que peut-on faire pour améliorer ceci à court terme ? La tâche la plus urgente est de réparer et de réformer le secteur financier, de réduire les risques et d'ouvrir la voie à une croissance saine du crédit.

 

Rétablir la soutenabilité budgétaire est une autre priorité pour les économies avancées. La dette publique moyenne devrait dépasser 100% du PIB cette année et augmentera encore plus sans ajustement à moyen terme. Cela pourrait avoir des conséquences inquiétantes pour la croissance mondiale et même la stabilité des marchés financiers.

 

Les pays devraient agir rapidement pour élaborer et mettre en œuvre, à moyen terme, de crédibles plans d'assainissement budgétaire. Dans d'autres pays, la consolidation doit aller encore plus vite.

 

En ce qui concerne les économies émergentes, il est impressionnant de voir à quel point elles ont résisté à la crise, surtout en Asie. Cela reflète des réformes de grande envergure financières et structurelles que beaucoup de ces pays ont adopté dans les années précédant la crise.

 

Mais il y a aussi quelques nuages à l'horizon. Il y a des risques de surchauffe, et même d'un atterrissage très difficile.

 

Venons-en à l'une des caractéristiques des plus récentes : l'afflux massif de capitaux.

 

Premièrement, l'ajustement macroéconomique pourrait aider à compenser l'impact des entrées considérables de capitaux.

 

Lorsque ces entrées soulèvent des problèmes de stabilité financière, les politiques macroprudentielles peuvent également aider. Il peut s'agir de mesures visant à ralentir la hausse des prix de l'immobilier ou renforcer les normes d'exposition aux emprunts en devises.

 

Dans certains cas, le contrôle de capitaux peut être un recours temporaire mais il ne doit pas se substituer à la nécessité d'entreprendre des politiques macroéconomiques et macroprudentielles.

 

Maintenant, la question la plus importante est de traiter du problème récurrent de certains pays possédant un fort excédent. Reconnaissant qu'il faudra du temps pour s'adapter et prendre une perspective plus large, il est clair pour moi que les économies émergentes, avec des excédents importants, nécessitent de diversifier les moteurs de la croissance. Ceci est bien compris en Asie, et particulièrement en Chine, où les décideurs politiques prennent des mesures pour stimuler la demande intérieure. L'ajustement du taux de change aura évidemment un rôle important à jouer.

 

Le chômage et l'inégalité de revenu

 

Permettez-moi maintenant d'aborder le deuxième déséquilibre qui se produit au sein des pays : le chômage élevé et la hausse des revenus et des inégalités de richesse.

 

La forte hausse du chômage mondial est un problème social majeur. Si vous perdez votre emploi, vous risquez de souffrir de mauvaise santé et d'avoir une espérance de vie plus courte, mais vos enfants eux-aussi seront touchés, car ils sont susceptibles d'obtenir de moins bons résultats à l'école. Ainsi, lorsque les gens sont sans espoir de trouver un emploi, c'est la société dans son ensemble qui souffre et qui représente une menace pour la stabilité politique.

 

Mais le chômage est aussi un problème économique majeur. Au cours de la prochaine décennie, 400 millions de jeunes vont se joindre à la population active, le monde fait face à un redoutable défi de l'emploi. En effet, nous sommes confrontés à la perspective d'une "génération perdue" de jeunes n'arrivant pas à s'insérer, destinés à souffrir toute leur vie, affectant leurs conditions sociales. Créer des emplois doit être une priorité non seulement dans les économies avancées, mais aussi dans de nombreux pays pauvres.

 

L'inégalité de revenu touche les pays à tous les stades de développement. Aux États-Unis, par exemple, l'inégalité de revenu avant la crise était à des niveaux jamais vus depuis 1929, juste avant la Grande Dépression. Il en est de même pour les pays émergents et en développement.

 

Ici, en Asie, il y a eu des avancées sociales remarquables au cours des dernières décennies, avec plus d'un demi milliard de personnes sorties de la pauvreté. Dans un même temps, l'inégalité de revenu a été à la hausse. Les dirigeants de la Chine et de l'Inde ont mis en tête de leurs priorités politiques la lutte contre les disparités de revenu et de richesse. Même dans un pays riche comme Singapour, le Premier ministre Lee a fait remarquer que l'écart grandissant est une question d'intérêt national.

 

Il existe d'abondantes raisons sociales et éthiques pour lesquelles nous devrions nous inquiéter au sujet de l'inégalité de revenu mais il y a aussi d'importantes raisons macro-économiques.

 

L'inégalité peut freiner les possibilités économiques car les pauvres ont moins accès au crédit. Il peut renvoyer les gens vers des activités improductives. Il peut aussi rendre les pays plus vulnérables aux chocs. Concrètement, une société plus égalitaire a tendance à croître plus longtemps.

 

La meilleure façon de répondre à ces défis ?

 

Dans les pays confrontés à un fort chômage, proposer un bon régime d'assurance chômage, d'aide sociale et des programmes publics pour l'emploi efficaces sont des bonnes manières pour prévenir le chômage à long terme et contribueraient à se relever plus rapidement de la récession.

 

Une protection sociale adéquate, s'appuyant sur un socle de protection sociale de base comme proposé par l'OIT, peut protéger les plus vulnérables contre le choc de la crise. Alors que l'assainissement budgétaire démarre dans les économies avancées, nous devons aussi veiller à ce que ces politiques budgétaires demeurent aussi favorable à l'emploi que possible.

 

À long terme, le moyen le plus efficace pour promouvoir la croissance des revenus est d'investir dans l'éducation, l'innovation mais aussi la formation, pour accroître les compétences des travailleurs. L'économie du 21e siècle est, en définitive, une économie de la connaissance, où les rendements de l'éducation sont extrêmement importants. Partout dans le monde, nous devons donner aux gens l'accès aux outils dont ils ont besoin pour prospérer dans cette économie mondiale hautement concurrentielle.

 

Conclusion

 

Il n'y a pas de solution facile aux défis dont j'ai parlé aujourd'hui mais si nous ignorons ces défis ou si nous les prenons à la légère, nous ferons face à des risques nettement plus grand qu'un seul essoufflement de la reprise.

 

Alors que les tensions entre les pays augmentent, nous assistons à une montée du protectionnisme - du commerce et des finances. Et comme les tensions au sein même des pays augmentent, nous assistons à une hausse de l'instabilité sociale et politique - parfois même la guerre.

 

Je suis préoccupé par la situation actuelle de la coopération mondiale. Je reste néanmoins confiant et certain qu'en travaillant ensemble, entre les pays, entre les différents segments de la société, nous pouvons surmonter les défis et bâtir une économie mondiale plus juste et meilleure.

 

Je vous remercie

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