Blog d'un militant socialiste de 34 ans, conseiller municipal à Quimper . Ses coups de coeur, ses coups de gueule etc... Sa conviction au reformisme radical, Son regard sur la politique locale et nationale
A l'instigation de Laurianne, une chaine de post s'est créé pour que chaque maillon présente un socialiste. Après Sylvain et Florian, voici mon tour de vous présenter un socialiste.
Je trouve cette initiative très enrichissante. Je vous invite aussi à lire le travail de Re-So sur les grandes figures du socialisme.
Trouver le socialiste à qui je dedierai ce post n'a pas été évident. J'aurai pu céder à la facilité et choisir DSK ou Jean Christophe Cambadélis, les figures actuelles auquelles je suis très attaché, j'aurai pu choisir Martine Aubry dans la lancée de mon engagement dans sa motion pour le congrès de Reims ou en restant sur ce congrès choisir un des protagonistes et en faire une description "très objective" de mon cru.
Finalement, j'ai choisi Eduard Bernstein (1850-1932). Je me suis plongé dans certains articles lui étant consacré et vous propose cette petite note largement inspirée d'un propos de Alain-Gérard Slama.
Eduard Bernstein (1850-1932)
Né en 1850 à Berlin dans une famille juive libérale, socialiste orthodoxe en 1870.
En 1878, quand Bismarck dissout les organisations social-démocrates, il s'enfuit à Zurich, où il dirige à partir de 1881 l'hebdomadaire du SPD, le Socialdemokrat. Le marxisme est alors la doctrine officielle du SPD (Marx meurt en 1883). En 1888, Bernstein, expulsé de Suisse, part à Londres où il devient le secrétaire d'Engels. C'est Bernstein qui dispersera ses cendres après sa mort en 1895. Il est, en principe, préféré à Kautsky comme exécuteur testamentaire du marxisme.
Après la mort d'Engels, Bernstein pose, à partir de 1896, la question du révisionnisme : ie de la nécessité de trier dans la doctrine ce qui est adapté et ce qui est controuvé par les faits; ne pas fermer les yeux sur le décalage entre la doctrine révolutionnaire (qu'il appelle "dogmes périmés") et la pratique réformiste du parti, qui prouve son efficacité. Les présupposés du socialisme (1899)
Il admet de Marx, et c'est fondamental, la thèse de la baisse tendancielle du taux de profit, la surproduction, les crises. Le système capitaliste n'est pas le bon ! Mais il observe que les entreprises sont diversifiées, en grandes et petites, et que le capitalisme est, pour prendre le mot de Clausewitz, un caméléon.
Loin de s'entretuer, les entreprises se soutiennent en organisant les marchés, en montant des cartels, etc. Par ailleurs, cet enrichissement capitaliste n'est pas un argument contre les chances du socialisme. Plus il y a de privilégiés, plus lourd est le poids qui pèse sur les défavorisés : il croit encore à la prolétarisation, càd à la lutte de classes. Bernstein n'a compris que plus tard que plus importante aussi était la redistribution en faveur de ces derniers.
Il analyse ensuite que le mouvement qui développe les classes moyennes compense le mouvement de prolétarisation.
Conséquence : la révolte ne sera pas le fait du seul prolétariat. Ce dernier devra rechercher des alliances avec les classes moyennes.
Il pense qu’il y a une nécessité de l’émergence d’une Ethique ouvrière : le prolétariat doit accéder à la maturité économique et politique. Cet idéal-là doit remplacer, dans la conscience ouvrière, l'idéal de la révolution. L'orientation de Bernstein est le système des coopératives et de l'association.
Il cite Proudhon, horreur pour un marxiste orthodoxe !
Il fait la critique du marxisme : De Marx, il critique l'idéologie de la rupture révolutionnaire. Non seulement la révolution n'est pas possible, mais l'expérience prouve qu'il faut préférer à tout la démocratie et la paix (référence à Kant). "La démocratie est à la fois un moyen et un but. C'est un outil pour instaurer le socialisme et la forme même de sa réalisation"
De même, il critique de Marx la doctrine de l'Etat. Il estime que l'Etat, grâce au suffrage universel, est voué à devenir l'instrument de l'intérêt général. Cet Etat ne devra pas tout absorber : un équilibre est à trouver, une "société mixte", entre l'Etat et "les créations économiques de la classe ouvrière".
Bref, construire, dit-il, et non détruire ! Bernstein critique en particulier la justification philosophique de la violence apportée par la dialectique hegelienne ; La tendance oligarchique rend le SPD conservateur et fait de lui un simple parti d'opposition.
Au congrès de Hanovre en 1899, Bebel et Kautsky font condamner les thèses de Bernstein à une très forte majorité (ils obtiennent le soutien de Rosa Luxemburg), sans cependant faire exclure celui-ci du parti. La thèse de Kautsky (1854-1938) est que le réformisme du SPD n'est possible que si celui-ci se cimente, retrouve son identité en saluant les principes révolutionnaires chaque fois que l'occasion s'en présente; la démocratie peut éviter à la classe révolutionnaire les soulèvements prématurés, mais elle ne peut empêcher la révolution si la bourgeoisie, vouée à dépérir, s'accroche trop à ses positions; il croit aussi que le développement économique suivra le processus décrit par Marx (notamment en exacerbant la guerre entre les nations) : mais après la révolution russe, Kautsky dénonce avec une rare lucidité l'erreur et même le crime, condamné d'avance, d'une révolution immature A un pragmatisme, Kautsky, on le voit, répond par un autre pragmatisme.
A la veille de 1914, le successeur de Bebel à la présidence du SPD, Friedrich Ebert, ancien bourrelier, est un pragmatique qui témoigne que le SPD a cessé d'être un parti révolutionnaire. Mais, à partir de 1911, Rosa Luxemburg, qui veut revitaliser la social-démocratie par la "grève de masse" s'impose avec Clara Zetkin à gauche du SPD. Faute d'avoir donné raison à Bernstein, le SPD s'est trouvé fort dépourvu quand après la défaite, le pouvoir lui est échu. Révolution spartakiste. Impuissance devant la montée du nazisme.